INTERVIEW DE NAS PAR LE FINAL CALL
Bien qu'étant jeune (34 ans), Nas a une longue liste d'accomplissements. Il est considéré par beaucoup comme étant un auteur Hip Hop légendaire. Beaucoup de ses apparitions sur scène sont considérées comme faisant parties des moments les plus mémorables du Hip Hop, et beaucoup de ses albums sont considérés comme étant des classiques. Nas a récemment sorti son neuvième album qui débute numéro 1 dans les charts. L'éditeur assistant du Final Call (le Dernier Appel), Ashahed M. Muhammad, a interviewé l'artiste au record de vente multi-platine après sa performance au Rock The Bells Festival à Chicago.
Final Call : commençons par la chanson « Sly Fox » (renard rusé) évoquant Fox News dans ton dernier CD. Qu'est ce qui t'a poussé à faire cette chanson ?
NAS : j'ai entendu des choses terribles au sujet de Fox News. Je ne fais jamais confiance aux médias, alors Fox News, lorsque j'ai entendu des mauvaises choses à leur sujet, je m'attendais à ce que ce soit réel. Mais ils ne furent dans mon radar que l'année dernière lorsque j'étais supposé faire un concert pour Virginia Tech University. Bill O'Reilly a fait trois émissions sur moi – il essayait de faire ce qu'il a fait à Ludacris en faisant échouer l'affaire de Ludacris avec Pepsi. Alors il a fait trois émissions dessus. J'ai dit « ok, je vais lui retourner la pareil ? ». « J'ai aussi quelque chose à dire, J'ai des auditeurs comme vous », excepté le fait que mes auditeurs sont beaucoup plus menacés dans le monde d'aujourd'hui. Ses auditeurs représentent le vieux monde, les vieux républicains, la vieille façon de penser de l'Amérique. C'est hors de course. Il ne sait même pas que la plupart des Blancs ne pensent pas de la même manière que lui. Mais il a ses audiences, n'est ce pas ?
F.C : tout à fait.
NAS : alors je me suis dit que c'est ma façon de lui rendre la pareil, en faisant une chanson. Au moment où mon album est sorti, Fox News évoquait leur « Baby Mama » sur Obama et d'autres choses encore. Si je ne connaissais pas Fox avant, je les connais à présent, et heureusement certains de mes auditeurs peuvent ressentir ce que je ressens.
F.C : tu as une voix, tu as des fans, tu as des gens qui t'écoutent et qui sont influencés par ce que tu dis, et tu utilises cela pour apporter la lumière sur des sujets que tu penses être importants. C'est bien, mais certains des rappeurs disent « ma musique n'a pas de message. Je n'ai pas nécessairement un commentaire social à faire. Je ne cherche pas à emmener les gens à faire quoi que ce soit, vous faîtes ce que vous voulez ». Pourquoi penses-tu que c'est important d'utiliser ta voix dans ce sens ?
NAS : Hmm. Ceux qui disent qu'ils n'ont pas de message, c'est parce qu'ils n'ont pas connu dans leur vie autre chose qu'un environnement de gangsters, ne les blâmons pas. Je les comprends. Ce n'est pas tout le monde qui veut avoir la responsabilité de transmettre un message. Ce n'est pas tout le monde qui pense ainsi. Beaucoup de gens ont une vie simple, tu vois ce que je veux dire ? Je tente de comprendre les choses, et je me suis toujours interrogé depuis tout petit. Je m'interroge. Et quand je vois des choses qui sont injustes, je réagis. Il se peut que je sois un peu plus extrême que certains des autres artistes. Mais c'est moi, c'est ce que je suis. Donc toute ma musique a un rapport avec moi. Je ne suis pas un spécialiste sur les problèmes raciaux. J'ai juste une opinion, j'ai juste une expérience à raconter. Alors si un album parle d'un sujet, c'est ce à quoi je pense cette année, et c'est ce à quoi je pense musicalement. Il peut ne pas être le meilleur album, mais tant que je peux dormir la nuit en sachant que c'est réellement ce que je représente, cool, alors je me sens bien.Je mets un peu de mes opinions dans tous mes albums, mais celui-ci est plus voué à ça. Dieu a été bon avec moi juste en me permettant d'être là. Je connais beaucoup de gens qui ne pouvaient pas arriver jusque là. Alors aujourd'hui ce dont je veux parler, c'est comment je vois les choses. Je ne m'en prends pas à beaucoup de gens cette année. C'était 'Hip Hop is dead” (le Hip Hop est mort).
F.C: maintenant, naturellement, la chanson dont on parle, la chanson nommée “Louis Farrakhan”. Quelles étaient tes pensées quand tu écrivais les paroles de cette chanson ?
NAS : Louis Farrakhan m'a fait pleurer. Tu sais, que veux-tu dire à ce sujet, tu vois ce que je veux dire ? Lorsque tu vois un homme qui dédie sa vie pour quelque chose, qu'il ait raison ou tort, tu l'admires. Mais pour moi, Farrakhan a tout a fait raison ! Je ne vais pas m'étaler détail par détail sur chaque chose qu'il dit. Il a accompli de grandes ½uvres. Il a dédié sa vie à son peuple. Que tu aimes ça ou pas, j'admire quiconque qui est ainsi. Et tu sais, une personne qui a cette position, ils la tuent. Ce fut intelligent de sa part de dire « j'ai une armée qui croit que ce que je dis est la vérité », « je mourais pour chaque soldat dans cette armée ». Ils y croient et ils savent que c'est vrai. Alors tu sais, comment pourrais-je ne pas le reconnaître, c'est cela que je reconnais dans ma vie, et cela donne de l'énergie à ma musique. Ça n'a même pas été intentionnel, c'est arrivé, c'est tout, ce sont mes pensées. (Certains révolutionnaires vieillissent, bien qu'on me dit....), tu vois ?Les gens ont peur de dire ce qu'il y a dans leur c½ur, juste parce qu'ils craignent que quelqu'un s'en prenne à eux. Ils craignent d'être mis à l'index, qu'ils ne soient plus autant approuvés, qu'ils ne puissent plus nourrir leur famille. Je comprends cela, mais j'admire les gens qui sont conscients de ça, tout en continuant de faire ce qu'ils ont à faire, tu vois ce que je veux dire ? Si j'avais assez d'argent, je lui achèterais une Rolls Royce demain ! Tu vois ce que je veux dire ? Voilà ce que je ressens à son sujet !
Il est une partie sérieuse de l'histoire, tu sais, venant d'Elijah Muhammad, de Malcolm X, cette partie de l'histoire est spéciale parce que c'est ce dont l'amérique a peur de parler. Ils ont peur d'en parler. S'ils en parlaient, ça aiderait beaucoup de gens. Je connais beaucoup de Blancs qui écoutent Farrakhan ! J'ai été à un concert de Coldplay, et leur introduction était un discours de Farrakhan ! Ça m'a stupéfié ! Je me suis assis près de Gwyneth Paltrow, nous avons fait du rock sur un discours de Farrakhan ! Je me suis dit : « mince ! Si lui le fait, pourquoi moi je n'ai pas utilisé ça dans ma musique ? C'est ce que je désirais ! », alors j'essaye de redonner l'amour que j'ai reçu.
F.C : tu donnes l'impression d'avoir plus de contrôle sur le contenu de tes chansons. J'ai parlé à beaucoup d'artistes hip hop qui disent « le label m'a fait faire cette chanson, ou, je voudrais faire une chanson comme ça mais ils ne me laisseraient pas faire ». Est-ce que tu as une quelconque pression ? As-tu un peu plus de contrôle du fait de ta longévité et ton succès dans les affaires ?
NAS : oui, oui. Mais parce que je suis ce genre de personne depuis le début, les gens me respectent parce que je suis le même. Lorsque j'ai sorti cette chanson, des gens ont pris peur. Quand j'ai sorti mon album, des gens autour de moi ont pris peur, pas dans ma famille, celle-ci sait qui je suis, tu vois ? Mais quelques amis autour de moi ont eu peur pour moi. Je devais leur montrer qu'il n'y avait rien à craindre. Qu'est-ce qu'on peut me faire qu'on ne m'a pas déjà fait ? Alors quelque soit ce qui peut m'arriver, je ne m'en soucie guère. Est-ce que je peux sortir des disques que je désire sortir ? Ce fut ainsi dans toute ma carrière. J'ai toujours eu des problèmes avec ma compagnie de disque. Je suis aussi un homme d'affaires. Il y a des moments où je veux faire appel à tout le monde, et d'autres moments où je ne le fais pas.
Alors il y a des conversations avec des labels de disque, des rumeurs, ils me serrent la main et me sourient, mais il y a des rumeurs qui disent qu'ils vont me faire tomber à cause de ce que je fais. Mais en finale, tout le monde se rend bien compte que je n'essaye pas de me faire paraître comme un fou extrémiste ou quelque chose de ce genre. Je ne fais que me plaire à être ce que je suis. Les gens ont tendance à appeler cela une « controverse ». Concernant le plan marketing, le plan marketing est le peuple
F.C : sur ton CD, il y a une chanson nommée « Black president ».
NAS : Mmm, Hmm.
F.C : Quelles en sont tes pensées ?
NAS : je suis enthousiasmé comme quiconque. Je pense que c'est cool. Un frère, bien! Qui pouvait faire face à lui ? Je pense que beaucoup de leaders de l'ère des Droits Civils ne voulaient pas quitter cette Terre en voyant un autre homme Noir monter d'un cran. Ils veulent que la finalité ne soit que eux, et eux seulement, ils ne peuvent pas supporter de voir un autre, c'est pourquoi je dis que les personnes de couleur, les négros, détestent voir quelqu'un des nôtres réussir, parce qu'ils ne voient que leur époque à eux, tu vois ce que je veux dire ? Nous devrions prendre en considération leur époque où on leur lançait des briques, où il y avait la ségrégation et tout ça.Mais maintenant que les temps sont moins dures et que les choses sont différentes, ils pensent que cet homme y arrive trop facilement. Ça n'a rien à voir ! Les enfants ne pensent même pas à ça. Tous les enfants le voient comme ils voient Kobe Bryant, et du coup ils veulent faire du Basket Ball. Ils voient Tiger Woods et ils veulent jouer au golf. De même, et même encore mieux, ils voient Barack et ils veulent devenir comme lui.Alors nous n'avons pas le temps de nous haïr les uns les autres. Nous n'avons pas le temps.
F.C : aurais-tu réfléchi à quand et à ce que tu ferais si tu t'arrêtais de sortir des disques ?
NAS : oui ! Des milliers de fois ! Ce n'est pas une réalité. La réalité est comme B.B. King. La réalité est que j'ai acheté des tickets pour le concert de James Brown un mois avant que celui-ci ne meure. Vous faîtes ça jusqu'à votre tombe, que cela vous plaise ou non.Des gens disent « je ne voudrais plus rapper à cet âge ». Il n'y a pas de porte de sortie ! Cela a même un sens ! Nous pouvons nous asseoir là et mentir en disant « tu sais, je suis trop vieux pour rapper », ceci n'a aucun sens. B.B. King travaille 365 jours par an. Les Tribe Called Quest l'on fait pendant 20 ans environ. Alors peut-être que tu ne veux pas le faire, mais quelqu'un essaye de t'offrir un chèque. Au-delà de ce chèque, ton amour pour ce que tu fais te donne envie de continuer à divertir et plaire aux gens. Dieu t'a donné un don, tu ne fais que l'utiliser.
F.C : on peut dire ce soir à l'émission que tu aimes réellement faire ça. Merci, j'ai vraiment apprécié d'être à tes côtés.
NAS : moi aussi.